« Savons-nous habiter notre corps ? »

Introduction au sujet

La question du corps est multiple. Il est à nous-mêmes une énigme. Il est fragile et son caractère concret ne l’empêche pas d’être subtil.

Le corps constitue à la fois le support de notre existence, l’expression d’une puissance du soi, un instrument que l’on maîtrise, un objet qui change au gré du temps, un objet qui fait face à des sujets qui le perçoivent…

 Notre corps est la part de nous qui est exposée aux autres, ils peuvent ignorer ce que nous pensons mais on ne sait jamais ce qu’ils voient de nous en nous voyant. C’est qui fait dire à Sartre (mort 1980) « au cœur de soi se trouve une forme d’étrangeté à soi »

« Etre corps c’est d’une part se tenir, être maître de soi et d’autre part se tenir sur terre, être dans l’autre et par là, être encombré de son corps » (E Levinas, Totalité et Infini – mort 1995)

L'amour... Oui mais de quoi parle-t-on ?

 

 Le débat fut précédé par la lecture d'un des plus beaux textes sur l’amour 

Ce soir là, dans la salle de CORA, un public serré afin de faire une place à tous, a assisté à une lecture du « Cantique des Cantiques », par André Valverde, le conteur, Nicole Consile, la conteuse, et Denis, le musicien à la contrebasse.

Ce fut profond et éblouissant. Leur diction nous a captivés, et les mots traduisent mal l’harmonie entre les deux voix et la musique, polyphonie envoûtante.

Le texte fut rendu vivant et la poésie vibrante.

Tous les mystères du lien amoureux nous ont été suggérés, et ainsi délicatement sont entrés dans nos cœurs ; le paysage des collines et des oasis exhalant  senteurs et parfums, le souffle du vent, l’aube et le plein soleil, la soif et l’eau qui désaltère, la faim et la nourriture parfumée, les fruits délicieux, les corps sont des aimants soumis à l’attraction irrésistible….puis,

Le ciel étoilé de la nuit, source de lumière, suivi du matin révélant les deux êtres transformés en un seul mouvement vers le désir.

Les acteurs et musiciens nous ont soulevés et poussés vers cet ailleurs, cet étranger, seul capable de nous guider vers notre propre désir. Ces contrées désirables et fabuleuses, ils nous ont donné de les apercevoir, comme des possibles vies….

 Bien sûr, flottant dans cette musique poétique, ce fut long de revenir à la prose, fut-elle philosophique.

L’homme, être de nature ou de culture ?

 

La culture désigne un ensemble de productions artificielles par lesquelles l'homme s'écarte de la nature, de sa nature peut-être. En tous les cas elle induit une transformation par rapport à ce que l'homme est de manière innée, à l'origine, comme individu et comme espèce. Dès lors, que peut-on penser de ce processus? La culture fait-elle l'homme ? Peut-on dire qu'elle le transforme au point d'en faire ce qu'il est ? L'homme ne devient-il lui-même que grâce à ce processus de transformation qu'est la culture ? Au contraire, la culture ne peut-elle pas être pensée comme une simple variation qui ne fait que permettre à l'homme de développer une nature qui, fondamentalement, ne change pas? Ou, au contraire encore, peut-on craindre ou constater que la nature "défait" l'homme, le dénature?