Diderot (1713 – 1784)

 Entre raison et sensibilité

 Tricentenaire et pourtant si moderne, du rationalisme au culte de l’instinct et de la passion, Diderot est représentatif du tournant du siècle des Lumières. Esprit universel, il croit en la « Science de toutes les sciences », la philosophie, qui, en synthétisant toutes les connaissances, peut mener au progrès de l’humanité.

 Né en octobre 1713 dans une famille d’artisans, (père maître coutelier) et bien que destiné par sa famille à l’état ecclésiastique, tonsuré et confié aux jésuites de Langres, il poursuit ses études es arts à l’Université de Paris et mène une jeunesse bohème, ponctuée de métiers divers, enseigne les mathématiques, travaille chez un procureur... Il se lie avec Jean-Jacques Rousseau et Grimm et épouse une lingère, Antoinette Champion qui lui donne une fille.

 

 Soucieux d’instaurer une philosophie positive, il suit des études scientifiques, s’intéresse aux travaux des savants et à la méthode expérimentale.

 Face à la religion, Diderot adopte peu à peu la position du matérialiste athée. Le monde se crée lui-même, en un devenir incessant. L’homme n’est qu’un moment dans le devenir d’un univers matériel. La crainte de Dieu est un obstacle à l’épanouissement de l’homme.

 Il remplace la métaphysique par une morale positive fondée sur sa confiance en l’homme, qui éprouve du plaisir à faire le bien et a l’horreur du mal. Il croit, à l’inverse de Rousseau, que l’homme peut trouver le bonheur individuellement et collectivement dans la société.

 Il étend son activité littéraire à de nombreux domaines et en 1747, s’attelle avec d’Alembert, à la réalisation de l’Encyclopédie pendant près de vingt ans, qui sera publiée en plusieurs tomes de 1751 à 1765. Le tome VII comporte un article « Genève» qui suscite de vives protestations du parti dévôt et provoque la brouille avec Rousseau.

 Il y condamne l’absolutisme, la monarchie de droit divin, dénonce les privilèges, les atteintes à la liberté du travail et la guerre. Il a la double ambition d’ouvrir le savoir au plus grand nombre et de combattre l’intolérance et les préjugés, afin de faire triompher la raison.

 En 1759,  l’Encyclopédie est jugée subversive par le Parlement et aussi par le Pape. Le roi révoque les privilèges pour l’impression et ordonne la destruction par le feu des sept volumes. Les manuscrits sont saisis, mais Malesherbes les cache chez lui. Les dix derniers volumes, imprimés secrètement sans privilège paraissent sous une fausse adresse.

 Avec l’entreprise encyclopédique, Diderot espère qu’il aura « au moins servi l’humanité ». Investie sur tous les fronts pour les libertés et contre l’intolérance, l’Encyclopédie, diffusée à vingt-cinq mille exemplaires avant 1789, aura été le plus puissant véhicule de la propagande philosophique

 N’étant lui-même finalement sûr de rien, constamment en proie à ses propres contradictions, balançant entre les « lumières de la raison » et les « transports de la sensibilité », il place la dignité de l’homme dans la recherche plutôt que dans la découverte de la vérité.

 Sur le plan des idées politiques, Diderot semble être un partisan du despotisme éclairé, c’est-à-dire d’une monarchie où les élites intellectuelles contribuent à la postérité de l’État. Il pense en avoir trouvé le modèle avec Catherine II de Russie. Mais ses analyses politiques laissent entrevoir les prochains bouleversements révolutionnaires.

 Ami de Catherine II, impératrice de Russie qui lui achète sa bibliothèque, Diderot  fait plusieurs voyages en Russie et aussi en Hollande. Il meurt à Paris le 30 juillet 1784 

 Goethe saluera plus tard Diderot en déclarant à son propos : « la plus haute efficacité de l’esprit est d’éveiller l’esprit »

 Son œuvre littéraire et philosophique :

 Théâtre
Le Fils naturel (1757) et le Père de famille (1758) inaugurent le drame domestique bourgeois.

 Essais théoriques sur l’art
- les Salons (1759 à 1781)
Paradoxe sur le comédien (1773)

 Romans et contes philosophiques
La Religieuse (1760)
Le Neveu de Rameau (1762)
Jacques le Fataliste (1771)

 Essais philosophiques
Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1749) qui lui vaut un emprisonnement à Vincennes
Pensées sur l’interprétation de la nature (1753), où il définit la méthode expérimentale
Rêve de d’Alembert (1769)
Essai sur les règnes de Claude et Néron (1778)
- etc.

 Abondante correspondance avec Sophie Volland

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