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Les conférences et cours du CCEFR

 Centre civique d'études du fait religieux,

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 vidéo : Table ronde  septembre 2016 : "Du fait coranique à la construction islamique"

avec Galeb Bencheikh et Mustapha Ben Taïbi

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Nous vous faisons partager la transcription de la conférence donnée le 1er juin 2015 par Galeb Bencheikh qui porte la vision d'un Islam éclairé et trouve dans le Coran de multiples arguments du vivre ensemble. 

Conférence 

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Nous vous faisons partager la conférence de Nadia Geert, professeur de philosophie : "La laïcité émancipatrice"

Conférence

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 Les rendez-vous de La Fontaine Aux Images : des conférences, des spectacles...

 Stade Roger Caltrot, Avenue de Sévigné, 93290 Clichy-sous-Bois

  01 43 51 27 55 

Voir le programme :  www.fontaineauximages.fr :

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l'agenda culturel de la ville de Livry-Gargan

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Henri Guez, membre de l'association Cro-B'art (peintres amateurs) vous fait partager ses recherches sur "Hasard et peinture"

  

  Aléa et hasard 

  César avant de franchir le Rubicon avec son armée pour conquérir l’Italie du nord aurait prononcé, d’après Suétone, dans son œuvre historique « La vie des douze Césars », cette phrase devenue historique : « Alea jacta est », laquelle signifie littéralement : « Le dé est jeté » mais qui a été traduit en français, pour faire plus beau par : « Le sort en est jeté ».

   Le mot hasard quant à lui vient de l’arabe « yasara » qui signifie « jouer aux dés », tandis que le terme « al-zahr » signifie tout simplement : « dé à jouer », puis, jeu de dés.

 Par métaphore, aléa et hasard sont devenus des mots qui expriment le risque ou la chance dans leurs sens mathématiques et dans le langage de tous les jours.

 Lorsque l’on joue aux dés, et que ceux-ci ne sont pas pipés, le joueur ne peut prévoir le ou les chiffres qui vont sortir, seule la probabilité lui est connue.

 Jacques Monod (1910-1976), prix Nobel de médecine en 1965, distingue dans son livre : « Le Hasard et la nécessité », le hasard subi du hasard provoqué.  Le hasard subi est une incertitude essentielle, comme un accident ; le hasard provoqué est une incertitude opérationnelle, comme le lancement d’un dé.

 En art, le hasard est presque toujours opérationnel.

Le hasard indique la méconnaissance dans laquelle nous sommes de connaître un résultat d’avance et ne s’oppose pas au dessein que font valoir certains lorsqu’ils affirment que : « Le hasard n’existe pas ».

Le Docteur Hamid Bouhioui, a dit lors d’une conférence prononcée le 5 novembre 2008 :

« L’art est généralement défini comme étant un savoir faire. D’un autre côté, le hasard relève de ce qui est hors contrôle. L’art est maîtrise alors que le hasard est justement manque de maîtrise. L’art et le hasard sont théoriquement contradictoires et, a priori, n’ont rien à voir l’un avec l’autre. » Il poursuit un peu plus loin : « En Europe, puis dans le reste du monde, depuis quelques générations, la part du hasard est de plus en plus importante dans la production artistique visuelle. En effet, en mettant fin, entre autres, à l’illusion de l’évidence des œuvres d’art, l’art contemporain a ouvert la porte aux effets aléatoires ; si bien qu’aujourd’hui, l’art et le hasard se tutoient et se combinent comme jamais auparavant. »

 Quelques paroles de peintres qui nous sont presque contemporains :

  -         Pablo Picasso,

-         Nicolas de Staël,

-         Jean Dubuffet, 

-         Francis Bacon, et

-         Pierre Soulages.

 Ces citations sont illustrées d’autoportraits des artistes concernés.

 

 

 

 

 

 

 

PABLO PICASSO (1881-1973) :  « Combien de fois, au moment de mettre du bleu, j’ai constaté que j’en manquais. Alors, j’ai pris du rouge et je l’ai mis à la place du bleu. Vanité des choses de l’esprit. »

 

 

  

NICOLAS DE STAEL (1914-1955) "pour moi, un tableau n’est jamais une fin, un aboutissement, mais plutôt un heureux hasard et une expérience. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JEAN DUBUFFET (1901 - 1985) : « Lorsque ma peinture devient bonne, je sens toujours atrocement une grande part de hasard, comme un vertige, une chance. »  

 

 

 

 

 

 

 

FRANCIS BACON (1909-1992) : « Commencer un tableau est une aventure dont on ne sait où elle conduira. L’intérêt pour l’artiste serait faible s’il le savait par avance. L’artiste est attelé au hasard. Il tire à hue et à dia, cependant qu’il dirige comme il peut, mais avec souplesse, s’employant à tirer parti de tout le fortuit à mesure qu’il se présente. »

 « La peinture est pour moi comme un accident. Je la conçois, mais je n’arrive presque jamais à ce que j’avais prévu. Elle se transforme elle-même. En fait, je sais rarement ce que sera la toile et beaucoup de choses se produisent par accident, parce que cela devient un procédé de savoir quel élément de l’accident je vais choisir en sa présence ».  

 

Pierre Soulages (1919-) : Ces quelques citations me rappellent une émission radiophonique que j’écoutais il y quelque temps déjà et alors que je circulais en voiture et où Pierre Soulages, interrogé sur la différence entre l’artiste et l’artisan, a répondu à peu près ce qui suit, je cite de mémoire :  « Quand l’artisan commence un travail, il sait à quoi il va aboutir ; quand un artiste en commence un, il ne sait pas d’avance ce que son travail sera.

  Ainsi, et pour commencer par un peu d’humour, voici la peinture « Femmes d’Alger dans leur appartement, » d’Eugène Delacroix (1798-1863) :

 

Et voici un des tableaux de la série réalisée par Pablo Picasso d’après « Femmes d’Alger dans leur appartement » d’Eugène  Delacroix :

 

 Où se trouve le hasard ?

 Les lois de la génétique nous apprennent que le peintre Eugène Delacroix aurait pu ne pas naître et aurait pu laisser  sa place à l’une des très nombreuses  possibilités  offertes par la nature et que c’est la loi du hasard qui s’est exprimé. Ensuite, si la France n’avait pas conquis l’Algérie dans les années 1830, il n’est pas impossible que Delacroix n’y serait jamais allé, et que ses tableaux sur l’Algérie n’auraient jamais été peints.

Les mêmes lois de la génétique jouent pour Picasso, et celui-ci aurait pu ne pas naître, et l’humanité aurait été privé d’un des plus grands peintres de tous les temps et ne l’aurait même pas su.

D’ailleurs Jean-Paul Sartre (1905-1980) écrit dans « Les mots » (Bibliothèque de la Pléiade, Ecrits autobiographiques, page 89) : « … … je n’y voyais au fond qu’un hasard incapable de légitimer cet autre hasard, moi-même. »

 Si Delacroix n’était pas né, ou n'était pas allé en Algérie ou si pour toutes autres raisons, il n’avait pas réalisé ce tableau des femmes d’Alger, Picasso, dans ses confrontations avec les grands maîtres du passé ne l’aurait jamais peint.

Puis sont venus des artistes qui ont sciemment utilisé le hasard. On peut, bien sûr, affirmer que ce hasard est plus ou moins dirigé et qu’il y a toujours une intervention de l’artiste, ce qui fait, d’ailleurs, qu’à l’œuvre, on reconnaît le maître.

 Les débuts du hasard en peinture :  Michel de Montaigne (1533-1592)

Dans ses « Essais », Montaigne fait état d’une incertitude essentielle et qui doit être une des toute premières apparitions du hasard en peinture : Célèbre et obsessionnellement méticuleux, le peintre de l’antiquité grecque Protogénès que Montaigne nomme Protogène faisait le portrait d’un chien et n’arrivait pas à rendre comme il le souhaitait le museau écumant de bave. De rage, il lança son éponge sur son tableau et il obtint l’effet souhaité. 

Ce qui est arrivé à Protogène  a, selon Pline l’Ancien, profité au peintre Néalcès qui a utilisé le même procédé pour rendre l’écume d’un cheval et là, il s’agit d’une incertitude provoquée.

Je ne peux malheureusement pas vous montrer ces œuvres, celles-ci n’étant pas parvenues jusqu’à nous ; elles ont été réalisées entre le 4e et le 5e siècle avant Jésus Christ.

Augustin Manaranche dans son étude sur « Art génératif et aléatoire » indique que le grand peintre japonais du 19e siècle Hokusaï (1760-1849) « fit courir délibérément  un coq dont il avait au préalable trempé les pattes dans la couleur afin que celui-ci manifeste au hasard et sans que l’artiste puisse le contrôler, les flots de la rivière Tatsouta, ce que l’artiste pensait ne pas être en mesure de réaliser. »

 La période Dada

 Wikipédia : « Selon Henri Béhar, « pour tout le monde, désormais, Dada est né à Zurich le 8 février 1916, son nom ayant été trouvé à l’aide d’un coupe-papier glissé au hasard entre les pages d’un dictionnaire Larousse. Gardons-nous de ne pas croire aux légendes. » »

L’initiative en revient à Hugo Ball natif de la Suisse alémanique. Le mouvement s’étoffe assez vite de plusieurs artistes (Jean Arp, Sophie Taeuber, Tristan Tzara, Arthur Cravan, etc…), parmi lesquels certains auront un certain renom en adhérent plus tard au surréalisme dont André Breton était le créateur, le théoricien et qui a été surnommé « le pape » par les autres membres.

Le hasard a été utilisé dans tous les domaines de l’art, aussi bien en musique, qu’en poésie ou peinture.

Un des membres les plus importants, Jean Arp (1886-1966), a réalisé plusieurs tableaux intitulés « Collage avec carrés disposés au hasard ».

     

Il a également réalisé la toile qui suit dont le titre est « Carré magique » et que je vous montre, car comme vous le savez, des peintres font encore des carrés, chacun à sa manière, bien sûr, et en particulier notre professeur Alain Salevor dont la dernière exposition au Château de la Forêt était dominée par des carrés, dont certains d’entre eux étaient associés à des radiographies

 

 

 

 

 

 

 

 

Max Ernst (1891-1976)

Max Ernst a introduit le collage d’éléments qui transforment le tableau en une réalité 3 D avec une avance d’environ un demi siècle sur son temps. Voici en exemple : « Deux enfants sont menacés par un rossignol » :

 

 

 

 

 

Surréalisme et hasard

Quelques ouvres de Man Ray, André Breton et Marcel Duchamp.  

 Les surréalistes, ont mis au point des outils pour réaliser leurs œuvres, les rêves, l’écriture automatique, l’hypnotisation et le hasard objectif. Je me dois de vous préciser que le Hasard objectif avait été théorisé par Engels.

 Le hasard objectif permet de relier les phénomènes « merveilleux » du réel aux forces de l’inconscient. Sans trop insister pour le moment, le hasard objectif relève de coïncidences fortuites qu’il faut saisir comme par exemple celui de cette phrase de Lautréamont (1846-1870) : « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ». Les surréalistes vont donc se lancer dans la réalisation, en particulier, d’objets à fonctionnement symbolique, d’objets fantômes et repérer dans leurs écrits, comme le dit André Breton en évoquant son roman Nadja, « les pétrifiantes coïncidences, les signaux qui constellent sa rencontre avec la jeune fille. »

 Man Ray (1890-1976)

 Voici  : « La rencontre fortuite  sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » 

 

Et de Man Ray encore, cette autre photo où une main tient entre ses doigts les dés, préoccupation dadaïste et surréaliste du hasard :

Ainsi que cette sculpture

 

Et voici donc une œuvre d’André Breton (1896-1966), qui a beaucoup écrit sur le surréalisme, dont :

-  Manifeste du surréalisme en 1929   -   Second manifeste du surréalisme en 1930 

 -         Qu’est-ce que le surréalisme ? en 1934

-         Position politique du surréalisme en 1935, Etc… 

André Breton (1896 - 1966)  Le hasard objectif   1959

Plaque de liège, ficelle et amande dans une boîte vitrée   34,6 x 24,6 x 5,4 cm

 Commentaire de cette œuvre dans le catalogue  du Centre Pompidou, édité lors de l’exposition consacrée  en 1991 à André Breton et ayant pour titre : André Breton : la beauté convulsive.

 « L’objet en liège, fabriqué en 1959 par André Breton, et intitulé par lui précisément « le hasard objectif », relève magnifiquement de ce grand ressort poétique : accroché dans son atelier contre sa bibliothèque, tenu par deux bras de mannequin (suivant un dispositif rappelant celui de L’Objet invisible (1934) de Giacometti), il en est comme le manifeste, la définition même. C’est une sorte d’objet trouvé interprété : une plaque de liège, dont la surface s’incurve, comme naturellement, en un sillon sinueux à l’aspect d’empreinte, et dans lequel un trou sert d’écrin, comme nécessairement, à une amande suspendue. Suivant la poétique du jeu de « L’un dans l’autre » que le groupe surréaliste invente en 1954, l’identification ambiguë des matières des deux objets réunis, le liège et l’amande – comme si cette dernière constituait le sexe naturel ou le cœur battant d’un corps féminin (l’objet a été présenté à l’exposition « Éros », galerie Cordier, en 1959) –, semble répondre pleinement aux injections les plus secrètes du désir : le dialogue de l’inconscient et de la nature est, pour le surréaliste, celui d’un contact vital. »

Alberto Giacometti (1901-1966) et l’objet invisible 

 

 

 

 

 

 

Marcel Duchamp (1887-1968)                                                                                             

conçoit « Le grand verre » ou « La mariée mise à nu par ses célibataires, même ». Cette œuvre est composée de deux plaques de verre qui forment un ensemble de 272 x 176 cm. Un réseau strié apparaît qui est le fruit d’un accident quand, en 1936, de retour d’une exposition, le verre se brise. Face à cette intervention du hasard, Duchamp déclarera : « J’aime ces fêlures parce qu’elles ne ressemblent pas à du verre cassé. Elles ont une forme, une architecture symétrique. Mieux, j’y vois une intention curieuse dont je ne suis pas responsable, une intention readymade en quelque sorte, que je respecte et que j’aime.»

L’acceptation par Marcel Duchamp des conséquences d’un accident et du refus de sa réparation font que le hasard  prend part à la réalisation de son œuvre et surtout à sa transformation par un réseau de fêlures qui dessinent comme une toile d’araignée sur le verre, toile d’araignée non prévue par l’artiste mais acceptée comme une opportunité.

 Au-delà de tout ce qui vient d’être dit, et comme l’écrit Augustin Manaranche déjà cité, « le hasard a toujours  fasciné les artistes. Conscients du formidable potentiel qu’il recèle, les artistes ont tenté à plusieurs reprises de le convoquer au cœur même  de leur démarche afin de pouvoir jouir de ses bienfaits créatifs. »

Je vais donc évoquer quelques peintres qui ont convoqué le hasard pour réaliser des œuvres.

Jackson Pollock (1915-1956) qui a utilisé ce qu’il a appelé le « driping » dont voici un exemple :

Ce type d’œuvre de Jackson Pollock est de dimension fractale, ce qui signifie que  le principe d'autosimilarité est respecté.

  François Morellet (1926-) :

Voici ce qu’en dit Wikipédia : « François Morellet est considéré comme l’un des acteurs majeurs de l’abstraction géométrique de la seconde moitié du 20e siècle et un précurseur du minimalisme. Morellet entend contrôler le processus de création et démystifier la mythologie romantique de l'art et de l'artiste, en justifiant chacun de ses choix par un principe établi au préalable, qui peut d'ailleurs aller jusqu’à faire intervenir le hasard dans certaines composantes de l’œuvre. Ainsi, il multiplie les références mathématiques dans son travail, dont certains titres expriment l'idée que ses œuvres sont construites sur la base d'équations et de systèmes numériques (généralement complètement inventées). »

 

 Une œuvre   qui fait penser aux fractales de Benoît Mandelbrot 

Une autre où il utilise des tubes de néon dont les longueurs sont déterminées par une relation lettres et chiffres d’un mot choisi au hasard dans un dictionnaire (selon les œuvres les tubes de néon sont unicolores ou multicolores) :

 

 François Rouan (1943-)

François Rouan a été pensionnaire de la Villa Médicis en 1971 où il  rencontre Balthus et il fut l’ami de Jacques Lacan. Dans le cadre de la mouvance Supports/Surfaces, il réalise des tressages dont l’un d’entre eux est présenté ci-dessous.

 

Monique Frydman (1943-)

Monique Frydman laisse tomber sur le sol de son atelier des cordes, puis pose sur elles la toile humidifiée pour en faire le relevé. Voici ce qu’elle dit elle-même de son procédé :

« Bien sûr, le rôle de mon dispositif de travail est paradoxal. Paradoxe. En effet, pour que le hasard soit opérant, il faut qu’il soit pris dans les mailles d’un protocole qui pourrait apparaître comme un contrôle, or le dispositif du hasard dans ce cas est aléatoire ; cela peut ou ne peut pas advenir. C’est l’épreuve de l’aléatoire. Par ce procédé je crée un espace pictural à partir d’un balisage qui se construit dans un rassemblement à l’aveugle. Alors le mélange hasard et aléatoire se fait. Il y a alchimie. Ce que je ne contrôle pas apparaît à mon regard. »

Voici une œuvres de sa série « Dames de nage » 

 Niki de Saint-Phalle (1930-2002)

 

Si vous allez au Centre Pompidou, vous pourrez admirer une fontaine réalisée par elle-même et son mari Jean Tinguely (1925-1991), et que je trouve très belle, même si j’entends plutôt beaucoup de narquoiseries de la part des gens qui s’en approchent. Il s’agit de la fontaine Stravinsky, laquelle  évoque l’œuvre du musicien révolutionnaire qu’il fut pour son époque et dont la première représentation du « Sacre du printemps » vaudrait un développement.

 Si j’ai laissé pour la fin Niki de Saint-Phalle c’est quelle  a voulu détruire la peinture en organisant en février 1961 deux séances de Tirs, la première le 12 et la seconde le 26. Voici à ce propos un paragraphe recopié tel quel dans Wikipédia : « Les tirs sont des tableaux préparés fixés sur une planche, composés de morceaux de plâtre, de tiges contenant des œufs et des tomates, de berlingots de shampoing et de flacons d’encre. …Les Tirs sont la représentation d’une violence matérialisée, un moyen d’extérioriser les démons intérieurs de Niki de Saint-Phalle. » Ces deux performances qui ont eu lieu en présence de personnalités de l’art et des médias sont liées à la mort et peuvent être interprétées comme une volonté de détruire la peinture, de faire table rase du passé et de provoquer une nouvelle renaissance. Voici ce que Niki de Saint-Phalle a dit elle-même de ses séances de tir : « Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir. »

Voici Niki de Saint-Phalle dans une séance de tirs :

 t voici quelques résultats où le hasard joue un rôle que chacun appréciera 

 

Bien sûr, il y aurait encore beaucoup à dire et beaucoup à montrer. Mais je vais vous rappeler que Stéphane Mallarmé (1842-1898) avait écrit en 1897 et publié dans la revue Cosmopolis un poème qui aurait dû être édité par Vollard avec une disposition typographique qui était la prémonition des Calligrammes de Guillaume Apollinaire, dont la publication n’a pu avoir lieu du fait de la mort soudaine de Mallarmé en 1898 et dont le titre et le premier vers sont :  « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. »

Le hasard intervient également en littérature :

Des écrivains ont affirmé que lorsqu’ils écrivent un roman, les personnages ont parfois des velléités d’indépendance et dictent à leur auteur des suites non conformes au plan prévu.

Mais ceux qui ont sciemment utilisé le hasard sont les surréalistes d’une part dans ce qu’ils ont appelé l’écriture automatique et d’autre part dans le jeu des « cadavres exquis ».

L’écriture automatique est un mode d’écriture au fil de la plume en faisant abstraction de la conscience et de la volonté. Dans « le manifeste du surréalisme publié en 1929, André Breton : « Placez-vous dans l'état le plus passif ou réceptif que vous pourrez... écrivez-vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire ».

On peut faire remonter la connaissance de ce type d’écriture à Hyppolyte Taine qui écrit dans la préface de la troisième édition de son ouvrage « De l’intelligence » paru en 1878 : « Il y a une personne qui, en causant, en chantant, écrit sans regarder son papier des phrases suivies et même des pages entières, sans avoir conscience de ce qu'elle écrit. À mes yeux, sa sincérité est parfaite ; or, elle déclare qu'au bout de sa page, elle n'a aucune idée de ce qu'elle a tracé sur le papier. Quand elle le lit, elle en est étonnée, parfois alarmée... Certainement on constate ici un dédoublement du moi, la présence simultanée de deux séries d'idées parallèles et indépendantes, de deux centres d'actions, ou, si l'on veut, de deux personnes morales juxtaposées dans le même cerveau ; chacune a une œuvre, et une œuvre différente, l'une sur la scène et l'autre dans la coulisse. ».

Ce jeu littéraire a été inventé par les surréalistes et en particulier  Jacques Prévert et Yves Tanguy. Le principe du jeu est le suivant : chaque participant écrit à tour de rôle une partie d'une phrase, dans l'ordre sujet–verbe–complément, sans savoir ce que le précédent a écrit. La première phrase qui résulta et qui donna le nom à ce jeu fut « Le cadavre – exquis – boira – le vin – nouveau ». Il fait partie des créations inspirées par le concept d'inconscient, souhaitant explorer ses ressources. Ce jeu s’est également appliqué au dessin.

 Les Champs magnétiques d’André Breton et Philippe Soupault

   Extrait de Glace sans tain :

« La fenêtre creusée dans notre chair s'ouvre sur notre cœur. On y voit un immense lac où viennent se poser à midi des libellules mordorées et odorantes comme des pivoines. Quel est ce grand arbre où les animaux vont se regarder ? Il y a des siècles que nous lui versons à boire. Son goûter est plus sec que la paille et la cendre y a des dépôts immenses. On rit aussi, mais il ne faut pas regarder longtemps sans longue vue. Tout le monde peut y passer dans ce couloir sanglant où sont accrochés nos péchés, tableaux délicieux, où le gris domine cependant.
Il n'y a plus qu'à ouvrir nos mains et notre poitrine pour être nus comme cette journée ensoleillée.
Tu sais que ce soir il y a un crime vert à commettre. Comme tu ne sais rien, mon pauvre ami. Ouvre cette porte toute grande, et dis-toi qu'il fait complètement nuit, que le jour est mort pour la dernière fois. »

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VITE  AU CINEMA !

Voir le film « Winter Sleep » de Nuri Bilge CEYLAN, palme d’or au festival de Cannes 2014

Pendant 3 heures, durant ce voyage dans les splendides paysages de Cappadoce, la force et la vérité des dialogues et des acteurs vous font partager :

-         La vie d’un acteur « retraité » dans ses propriétés, en pleine montagne, avec sa femme, sa sœur, son régisseur.

-         La vie du couple

-         La vie de la fratrie

-         La vie d’un propriétaire terrien

-         La vie des habitants du village

-         La vie d’un religieux et de sa famille

-         La vie des  intellectuels

-         La vie des gens plongés dans le quotidien

C’est une profonde plongée dans les affrontements : argent/dignité, propriété/pauvreté, femme/homme, laïcs/religieux, modernité/vie ancestrale, jeunesse/vieillesse, égoïsme/ altruisme, etc...

Nul n’en sort indemne et l’auteur questionne notre vie autant que celle des personnages portés à l’écran.

Nous nous voyons dans ces trajectoires qui aboutissent à briser nos certitudes en nous laissant heureux de vivre, à la façon dont Nuri Bilge Ceylan, nous donne la vie à exister et à voir.

En salle à Paris 3e -  5e - 8e - 14e - 15e - 18e et dans les Hauts de Seine. Disponible aussi en DVD, qui permet d’apprécier les 3h de film chez soi.

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La Basilique de Saint-Denis

 Elle s'élève sur l'emplacement d'un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de Saint-Denis martyrisé vers 250. Outre une crypte carolingienne, vestige de l'édifice consacré par Charlemagne en 775, elle conserve le témoignage de deux bâtiments déterminants pour l'évolution de l'architecture religieuse :

 le chevet de Suger (1144), véritable hymne à la lumière, manifeste du nouvel art gothique et la partie reconstruite au temps de Saint Louis, dont le transept, d'une ampleur exceptionnelle, était destiné à accueillir les tombeaux royaux. Quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes et princesses, dix grands du royaume y reposèrent. Avec plus de soixante-dix gisants et tombeaux monumentaux, la nécropole royale de la basilique s'impose aujourd'hui comme le plus important ensemble de sculpture funéraire du XII e au XVI e

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